« Il est ressorti du vote des adhérents que l’UNAPEL (1) a outrepassé sa mission en soutenant la réforme du collège sans la moindre consultation des parents, explique Philippe Laporte, le président de l’Apel de Sainte-Marie Lyon. Mais aussi sans faire la vérité sur les implications profondes de celle-ci et ce, malgré l’intensité du débat public et l’indignation d’autorités les plus reconnues. Et en acceptant sans protester la violence d’un décret au mépris des principes élémentaires du débat démocratique et parlementaire. » Il tient aussi à rappeler l’attachement des parents à l’Enseignement catholique et leur souhait de « retrouver au plus vite une Apel à l’écoute de ses adhérents ».
Enseignant en Lettres au Lycée Sainte-Marie de Lyon, père de trois enfants dans l’établissement, et cotisant à l’Apel, Olivier Gosset a voté la suspension comme les autres parents, « car je suis en désaccord avec la position prise par l’Apel au sujet de la réforme du collège » dit-il. Alors que celle-ci était à peine engagée, l’association déclarait, dès mars 2015, « [accueillir] avec beaucoup d’espoir la volonté de Najat-Vallaud Belkacem de réorganiser le collège suite à son projet de réforme présenté en Conseil des ministres ».
« Je pense pour ma part, précise Olivier Gosset, que cette réforme induit un appauvrissement considérable des savoirs enseignés, qu’elle signe la disparition de parcours diversifiés de qualité et qu’elle n’avait pas – étant donné son ampleur et ses conséquences – à être promulguée comme elle le fut par simple décret. En outre, j’estime que l’Apel, ayant pris à la hâte cette position, usurpe sa qualité d’association représentante et prend la place du parent que je suis dans l’éducation que j’espère offrir – via l’institution scolaire – à mes enfants. J’aurais aimé qu’en la matière l’Apel fît preuve de consultation, de propositions, voire d’opposition. J’aurais aussi aimé qu’elle ne déroge point au principe élémentaire de subsidiarité : dans l’espace public, une parole ou une action doivent être confiées à la plus petite entité capable de les mettre en œuvre. Représenter n’est pas remplacer. »
L’Apel national n’a pas vu venir l’incompréhension suscitée par son soutien appuyé à la réforme du collège chez ses propres adhérents. Dans son numéro de mai/juin, en pleine monté en puissance de la contestation, le magazine de l’Apel nationale Famille & Éducation avait même enfoncé le clou, en balayant d’un revers de manche « les esprits chagrins [qui] s’échinent à détricoter les mesures annoncées par la ministre de l’Éducation nationale pour réformer le collège », y voyant pour sa part « de vraies réponses à des attentes fortes souvent exprimées par les parents ».
Faute d’explications et de débat, l’incompréhension des adhérents hostiles à la réforme a gonflé au fil des mois. Il n’est plus rare que des parents très engagés dans leur Apel d’établissement se plaignent d’une déconnexion avec les préoccupations du siège de la rue Saint-Jacques à Paris, accusé de faire sa vie tout seul. L’union sacrée autour de l’UNAPEL, qui avait mené de main de maître les manifestations géantes pour sauver l’école libre en 1984, paraît beaucoup moins palpable aujourd’hui.
« De toute évidence, cet événement marque une crise de légitimité qui s’explique par un déficit de représentativité, analyse Olivier Gosset. J’attends de l’Apel nationale qu’elle exerce le mandat qui lui est confié en se mettant d’abord à l’écoute de ses mandants. C’est à elle d’exercer son ministère de service plutôt que d’être l’antichambre de la rue de Grenelle. Une association doit se soucier des associés qui la constituent. En famille, toute grande décision ne se prend-elle pas après un conseil ? »
Un autre incident a suscité l’incompréhension avant l’été dans le magazine Famille & Éducation : le dossier sur l’éducation affective et sexuelle des jeunes, jugé démobilisant par un certain nombre de parents, au point que le numéro de rentrée a dû compléter la donne en rappelant l’importance du rôle des parents et en mentionnant « le discours de l’Église sur ce sujet ». Lire plus sur http://www.famillechretienne.fr/famille-education/enseignement/malaise-a-l-apel-apres-la-prise-de-distance-des-maristes-177514
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